jeudi 14 octobre 2010



J’ai un désert dans la tête depuis quelques jours. Tout m’agresse et fait tempête dans mon sable. Ma peau est le dernier rempart de cette forteresse qui prend l’eau de toute part. Juste pour quelques jours. Je gratte frénétiquement, toutes griffes dehors, les insectes imaginaires qui veulent y pénétrer, j’évite de justesse l’évanouissement quand des inconnus se pressent contre moi dans les métros bondés. Je fuis la plupart des contacts, poignets bien planqués dans les manches, de la main poisseuse qu’il faut serrer chaque matin au bras sur l’épaule intrusif que les gens font sans y réfléchir, pour appuyer la confidence. L’épiderme en dernier refuge, qu’on s’échine à garder propre à coups de lingettes et de crèmes, pour y fourrer discrètement le nez, pour avoir un oasis et moins sentir les membres en décomposition des gars du boulot, l’odeur d’urine persistante qui ne quitte presque plus mes narines, la crasse jusqu’au premier étage de mon immeuble. Je colle mon nez dans mon t-shirt, dans ton cou, dans les goudrons parfumés que j’inhale bien trop souvent, je cherche le rassurant. Le soir, la nuque sur tes genoux, je fais le chat, je jouis presque des caresses tendres et chastes que tu me prodigues, ma peau est un soldat qui revient de guerre et toi tu lui panses plaies et foulures. C’est le seul contact qui m’apaise. J’aurais, je crois, besoin de transpirer contre un mur.


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© 2006-2010 Myna Miller