jeudi 5 novembre 2009


Paris est une ville vachement intuituive, tu sais. Ca me fait toujours halluciner, de me rendre compte qu'à l'instinct, je me retrouve toujours pile à l'endroit où je voulais être. De m'être perdue plus de dix fois dans Poitiers à en venir aux larmes, mais jamais dans Paris.
Ils m'ont pas rappelée. Ce sont donc de gros nazes. Ca leur fera les pieds. J'finis par me demander s l'autre ordure, il m'aurait pas bousillé les compétences, pour réussir à me faire embaucher nulle part. J'suis arrivée au bout de cette patience que j'avais fini par croire infinie. J'me voyais déjà avec des plaques en marbres louant mon infinie sagesse et mon immense tolérance. Loupé, j'ai mes limites moi aussi. Faut dire que ça me commençait déjà sérieusement à me déborder de partout, ces derniers mois. J'en viens à me demander si je ferai pas mieux de faire table rase de tout ça et recommencer à faire carrière ailleurs, dans carrément une autre branche. Mais j'me vois rien faire d'autre, c'est là tout le problème.
Mais bon, là, je suis passablement énervée par ce mal de dos qui n'en finit pas, alors ça compte pas. Demain, tout ira mieux.


mardi 3 novembre 2009

On m'a certainement inoculé le virus de la fatigue. Je ne vois pas d'autres explications. Les fourbes, ils ont du faire ça pendant que je me refaisais le naufrage du Titanic version troisième classe avec deux enfants. Je recommence à dormir environ 10h heures par jour, mais j'ai l'impression de ne jamais m'extirper du marasme mollasson qui s'est emparé de moi. C'est une vraie torture, après un peu plus de deux saisons à être constamment en mouvement, que de tenir à peine sur mes jambes huit heures par jour et de m'effondrer sitôt la porte passée. Les yeux qui brûlent en quasi permanence. Je fais corps avec mon lit. On ne fait plus qu'un, c'est décidé. Oh, bien sûr, tu es toujours le bienvenu si tu veux venir t'allonger sur nous.
Du coup, je ne fais rien. Et ça recolle le vertige du vide. Quand je suis rentrée tout à l'heure, en me disant qu'il fallait absolument que je fasse un truc ce soir puisque je ne travaille pas demain, j'ai encore eu cette sensation de chute infinie en me rendant compte que je n'avais rien de prévu. Et quand L. m'a proposé quelque chose, j'ai été incapable d'accepter. C'était très largement au dessus de mes forces.

C'est n'importe quoi tout ça.


dimanche 1 novembre 2009



Ce qui m'agace le plus, dans tout ça, c'est que c'est vraiment la dernière thématique qui merde.

Les angoisses dues à la famille, c'est réglé. J'ai arrêté de me laisser envahir par ça. Ma sociabilité va mieux, elle aussi. J'ai encore des sursauts où aller voir des gens me terrifie presque, mais j'en viens à me dire que me garder des samedis soirs pour moi, des fois, c'est bien aussi. Ca reste équilibré alors c'est chouette. Mon coeur va bien aussi, puisqu'il faut croire que je commence à arrêter d'en faire n'importe quoi.
Non, vraiment, c'est le dernier truc qui m'empêche de dire que ouais, là, je suis heureuse. Que j'ai à peu près une vie qui ressemble à ce que je voulais qu'elle soit.
J'ai appris à cultiver les petites choses. Et j'ai plutôt la main verte, pour ça, étonnamment. J'sais pas pour vous, mais moi, quand je suis avec vous, y a des détails qui deviennent des choses grandioses dans ma tête. C'est drôlement joli à voir.


mercredi 28 octobre 2009



J’ai les dents qui se serrent en permanence, pour ravaler la nausée. J’ai cru que c’était les dents de sagesse, un moment. Mais j’avais scellé ma bouche pour pas laisser passer le flot de trop plein. Le téléphone rivé au corps comme une promesse. La dernière étape pour que la bataille commence vraiment. Partir la tête haute.
J’regarde les gens passer par les fenêtres, toutes sortes de gens, toutes sortes de fenêtres. Le ciel et les frissons que ça procure, comme quand la caméra s’éloigne à l’infini. J’balance à nouveau des pans entiers de ma vie à des inconnus, la relation intense et fusionnelle pendant deux ou trois jours, avant de disparaître dans un silence persistant. Mes dévidoirs.
Ca parlait de troubles alimentaires dans la cuisine tout à l’heure, avec R. qui ne comprenait pas ce genre de comportement. J’développais, j’expliquais du mieux que je pouvais pour faire taire ses préjugés. J’ai du y mettre trop de moi à l’intérieur, parce qu’elle a commencé à poser des questions trop précise. Touché coulé. C’truc là, c’est encore trop conflictuel dans ma tête. Entre le soulagement d’en avoir certainement fini avec ça et le fait qu’au fond certains mécanismes m’arrangeaient bien. Mais j’ai appris à parler pour tirer la sonnette d’alarme et à ne plus vomir mes angoisses contre la faïence de pièces toujours trop froides. C’est incontestablement mieux, objectivement parlant. Mais il manque la violence de l’estomac qui rejette en bloc. La symbolique d’un avant et d’un après. Une franche amélioration. Faire disparaître dans les égouts d’la ville le truc noirâtre qui corrode les entrailles. Se brosser les dents et oublier.
Maintenant ça me sort de partout, ce truc là, ça me laisse une pellicule sur la peau. Le truc qu’on peut sûrement sentir si on s’approche un peu trop près. J’ai arrêté de dégueuler quand on m’en a intimé l’ordre, ça m’a cramé l’estomac. J’l’avais pourtant dit. Et à la place, j’ai des larmes et des mots qui sortent tous seuls, pour le côté glam’ du truc. On parlera pas des ongles noircis de bouts de chairs. Ni du reste.


jeudi 22 octobre 2009



Je m'accroche à tous les espoirs. Je m'emballe. Le coeur qui trébuche à vouloir aller trop vite quand R. me dit qu'il aime bien l'idée, et que pourquoi pas, ça pourrait bien se faire, avec un peu de chance. Je m'applique de plus en plus à écrire de jolies lettres parce que je veux plus laisser passer des chances par flemme, que j'ai envie de mettre toutes les chances de mon côté. Alors j'y crois à mort, quand je les écris, et même quand par politesse des gens me disent qu'ils parleront de moi s'ils entendent qu'un poste se libère.
J'ai vraiment trop tiré sur la corde, et l'explosion n'est pas si loin, je crois. Heureusement qu'il y a les autres pour me canaliser et temporiser le moment où je craquerai totalement. Parce que je sais que ça ne sera pas constructif. Juste une expulsion de verbes et de vomissures. J'crois que je lui dirai certainement à quel point il me file la gerbe et que je voudrais qu'il crève.
J'en suis au point où je comprends ceux qui ont préféré partir et ne plus jamais en entendre parler. Même si je pense que je continuerai mes démarches quand même après, parce que j'ai un profond désir de justice et de vengeance vis à vis de ça, je suis quand même fatiguée de devoir batailler en permanence pour tout, que ce soit contre lui ou contre moi même, pour ne pas me laisser aller.
Et plus ça va, et plus je suis heureuse d'avoir cette vie là à côté. C'est ce qui m'a manqué, l'hiver dernier. D'avoir des gens à qui parler, sur qui compter, et arrêter de faire l'héroïne deux minutes pour effectivement me reposer un peu sur eux. Il a fallu mettre mon ego de côté et cesser de penser que je pouvais très bien gérer ça toute seule. Mais je pouvais pas. Gérer ça, et devoir gérer R. en même temps, c'était pas humain. Ca pouvait pas se finir autrement qu'en cachetons trois fois par jour. Et puis sans doute que le discours de pas mal de gens a changé aussi. On a quand même fini par passer du "oh ben oui, c'est pas facile tout ça, ce que tu peux être courageuse" à un bien plus sain "Mais concrètement, tu peux faire quoi? On peut faire quoi? Tu veux une épaule et un câlin?". C'est peut être comme ça que j'ai fini par accepter l'idée que je pouvais aussi avoir besoin des autres.
Il faut juste que j'évite de tomber dans l'excès inverse, ce qui me terrifie, parce que je ne veux pas devenir dépendante. Ce serait trop changer du tout au tout et je me connais. J'sais pas être dans la demi mesure de ce genre de choses. C'est donc à surveiller. C'est la raison pour laquelle ça m'a toujours arrangée, de mettre tous ces kilomètres entre les garçons et moi. De bien définir le temps qui y était imparti et ne surtout pas avoir besoin d'eux dans ma gestion du quotidien. Et que ça me fait drôle de me trouver face à quelqu'un qui pour une fois, n'est pas si loin et se montre disponible et attentif. Ca me colle un vertige monstre de possibilités et de travers à éviter à tout prix. Le genre d'étourdissement où tu vacilles salement avant de trouver un équilibre.


dimanche 18 octobre 2009



Je cale ma tête sur son épaule, pile au creux de sa force. Lovée comme une gamine contre sa chaleur, je tente à coups de grandes inspirations de chasser sans préavis les mots qui viennent s'amonceler dans ma gorge. A l'en obstruer. Je m'étouffe dans mes propres émotions au point de supplier du regard que l'on m'assène une trachéotomie de bon sens pour faire taire la panique.
Je m'égare sur les lignes de sa peau, suivant du bout de l'index ces chemins que je souhaite ne jamais connaître par coeur. C'est sur les habitudes que se provoquent les accidents. Devant le trouble, je m'impose des images douces amères, surtout faire stopper l'hémorragie de sentimentalisme avant que ça ne déborde et fasse des tâches indélébiles. Il est des choses plus difficiles que le sang à faire disparaître.
Quelques sourires plus tard, c'est toujours le même capharnaüm, cacophonie de l'instinct et la raison. Qu'il faut faire taire avant que ses mains, avant que son sexe n'anéantissent définitivement la plus sage des voix.

J'voulais juste que mon coeur s'arrête. C'est pour ça que j'ai sauté. Ca cognait trop vite, trop fort. Juste que ça s'arrête, entendre autre chose que les pulsations assassines qui martelaient sans pitié les os de mon crâne. Y a qu'le ciel gris et le bitume qui pouvaient être libérateur. Y a rien d'autre, chéri, je te jure. Rien de grave. Juste mon corps qui m'a rendue folle. Serre moi contre toi, oui, comme ça. Je suis apaisée maintenant. L'impact a fait baisser la tension, et comme souvent l'asphalte a eu raison de mes divagations.


jeudi 15 octobre 2009

C'est rassurant, de voir que son comportement me file toujours autant la gerbe. Que j'ai pas trop renforcé la carapace au point de m'en foutre et peut être même rire avec lui. Je m'indigne toujours à la plupart de ses propos et je sors carrément de la pièce quand c'est trop. Tout un tas de gouttes d'eau dans des vases différents, c'est toujours borderline de se déverser sur la nappe, mais à chaque fois, l'équilibre se rétablit et je laisse tomber jusqu'à la prochaine fois. J'y aurais bien mis un sacré coup de pied là dedans, des blessures à venger en poussant des cris de guerre, mais y a toujours un raisonnable pour me retenir la rage. Pourtant, j'avais pris la décision, à un moment. Résignée, la nana. J'tente le tout pour le tout, j'te file l'attestation et qui vivra verra. Mais la fille a déchiré la feuille, en disant qu'elle refusait de me faire prendre se risque. Elle préfère être moins crédible que de me voir subir ce qu'elle a subi. C'est chouette de sa part, j'aurais sans doute fait la même chose, ou peut être pas, parce que le moyen terme ne m'intéresse pas dans l'affaire. J'veux le long terme, sous les verrous si possible, avec l'idée dans le crâne de quelques passages à tabac par ses potes de cellules.

(Fuck. Un rendez vous imprévu. Je continuerai à me déverser plus tard.)


 
© 2007-2009 Lili Simon