Je m'accroche à tous les espoirs. Je m'emballe. Le coeur qui trébuche à vouloir aller trop vite quand R. me dit qu'il aime bien l'idée, et que pourquoi pas, ça pourrait bien se faire, avec un peu de chance. Je m'applique de plus en plus à écrire de jolies lettres parce que je veux plus laisser passer des chances par flemme, que j'ai envie de mettre toutes les chances de mon côté. Alors j'y crois à mort, quand je les écris, et même quand par politesse des gens me disent qu'ils parleront de moi s'ils entendent qu'un poste se libère.
J'ai vraiment trop tiré sur la corde, et l'explosion n'est pas si loin, je crois. Heureusement qu'il y a les autres pour me canaliser et temporiser le moment où je craquerai totalement. Parce que je sais que ça ne sera pas constructif. Juste une expulsion de verbes et de vomissures. J'crois que je lui dirai certainement à quel point il me file la gerbe et que je voudrais qu'il crève.
J'en suis au point où je comprends ceux qui ont préféré partir et ne plus jamais en entendre parler. Même si je pense que je continuerai mes démarches quand même après, parce que j'ai un profond désir de justice et de vengeance vis à vis de ça, je suis quand même fatiguée de devoir batailler en permanence pour tout, que ce soit contre lui ou contre moi même, pour ne pas me laisser aller.
Et plus ça va, et plus je suis heureuse d'avoir cette vie là à côté. C'est ce qui m'a manqué, l'hiver dernier. D'avoir des gens à qui parler, sur qui compter, et arrêter de faire l'héroïne deux minutes pour effectivement me reposer un peu sur eux. Il a fallu mettre mon ego de côté et cesser de penser que je pouvais très bien gérer ça toute seule. Mais je pouvais pas. Gérer ça, et devoir gérer R. en même temps, c'était pas humain. Ca pouvait pas se finir autrement qu'en cachetons trois fois par jour. Et puis sans doute que le discours de pas mal de gens a changé aussi. On a quand même fini par passer du "oh ben oui, c'est pas facile tout ça, ce que tu peux être courageuse" à un bien plus sain "Mais concrètement, tu peux faire quoi? On peut faire quoi? Tu veux une épaule et un câlin?". C'est peut être comme ça que j'ai fini par accepter l'idée que je pouvais aussi avoir besoin des autres.
Il faut juste que j'évite de tomber dans l'excès inverse, ce qui me terrifie, parce que je ne veux pas devenir dépendante. Ce serait trop changer du tout au tout et je me connais. J'sais pas être dans la demi mesure de ce genre de choses. C'est donc à surveiller. C'est la raison pour laquelle ça m'a toujours arrangée, de mettre tous ces kilomètres entre les garçons et moi. De bien définir le temps qui y était imparti et ne surtout pas avoir besoin d'eux dans ma gestion du quotidien. Et que ça me fait drôle de me trouver face à quelqu'un qui pour une fois, n'est pas si loin et se montre disponible et attentif. Ca me colle un vertige monstre de possibilités et de travers à éviter à tout prix. Le genre d'étourdissement où tu vacilles salement avant de trouver un équilibre.